Vers les dix heures ce matin,
alors que je surfais tranquillement sur le bord de la côte liménoise (je dis ça
pour le bien de l’histoire, car en vérité, il n’y a rien de tranquille à tenter
de surfer!), à Collique, le petit quartier du district de Comas situé au nord
de Lima, réputé pour être l’un de ceux où l’insécurité y est tellement dense
que palpable, un marché était pris d’assaut.
En effet, je vis sur la rue
principale du quartier, avenue Révolución. Environ à sept coins de rues plus
bas se trouve le marché; grand, odorant, haut en couleurs, on y trouve de tout.
Poulets ouverts du cou aux pattes (il faut étaler l’intérieur de la bête; c’est
à l’état de ses organes qu’on analyse la santé du poulet, et par conséquent, le
prix) suspendus par l’absence de tête, montagnes précaires de fruits exotiques
(et tellement peu cher!), herbes de toutes sortes, vêtements, chaudrons,
produits nettoyants et quoi encore. Généralement, je m’y rends quelques fois par
semaine afin de trouver l’inspiration (et les effectifs) nécessaires à mes
créations juidicieuses (… en tout cas, mes recettes de jus inventées). Ce que j’y
crains le plus, en réalité, sont les flaques au sol. On n’arrive jamais très
bien à identifier la provenance du liquide en question : sang de poulet?
Pipi d’homme/chien/enfants? Eau savonneuse? Non plus a identifier ce qui y baigne :
entrailles en santé? Bout de chien de rue égaré? Vieux légumes/fruits? Restant
de diner? Bref, mes préoccupations ne sont pas bien grande et mes craintes se
transforment généralement en jeu (allez hop, on saute par-dessus, oh, je vais
tenter d’identifier le contenu de cette petite marre! Etc.). Ce matin par
contre, ma mère, qui s’en fut au marché vers les dix heures, eut une
préoccupation toute autre.
Sa vie en fait. Voila. Elle se
promenait parmi quelques centaines de personnes qui se trouvaient au marché ce
samedi matin-la, afin d’acheter les produits nécessaires a la confection du
diner. Elle hésitait entre pommes de terre ou patate douce quand ils
débarquèrent. Environ vingt, selon elle. Vingt ‘jeunes’ (les jeunes du Pérou
ont généralement entre 19 et 30 ans) en groupe, armés de revolver et armes
blanches. Ils avaient faim et n’avaient aucune intention de payer, apparemment.
Les consommateurs, comme tout le
monde, prirent peur en voyant le métal des armes étinceler; on se mit à courir
dans tous les sens, a crier. Ma mère échappa son sac de plastique sur le sol,
et je me plais a m’imaginer qu’un oignon roula tragiquement sur la terre humide
de la place publique pour atterrir au beau milieu d’une flaque de ces liquides
douteux. Les jeunes, toujours habillés trop chaudement pour la température
(chandail en polard et chemises trop grandes par-dessus alors que le soleil
brille et que les gouttes de sueurs tombent), se dispersaient au travers des
kiosques en emportant avec eux tout ce qui leur étaient possible d’emporter.
La police ne tarda pas a arrivée;
pas très futés les amis, le commissariat est situé en face du marché, de l’autre
côté de l’avenue principale. Ils sont donc arrivés rapidement et, étonnant,
tous les membres du gang ont réussi à s’échapper. Non pas que j’ai des doutes
envers la police péruvienne, jamais je n’oserais croire une telle chose, mais
je trouve très étonnant le fait qu’ils n’aient réussi à choper aucun des
voleurs…
Je te tente d'affoler personne, au contraire. Je tente seulement de dépeindre une réalité qui nous semble si loin lorsque nous nous baladons dans les rues sherbrookoises ou autres. Et pourtant, cette réalité d'instabilité est présente dans le monde entier.
N’ayez craintes, ma mère se porte
à merveille. N’ayez craintes, cela ne se produit habituellement jamais.N'ayez craintes, ils ont bien du se rendre compte que leur stratégie était pourrie, qu'ils devraient, à l'avenir, mieux sélectionner leurs marchés. Papa, Maman, n’ayez
craintes, j’étais a deux heures et quart de bus de Collique lorsque l’attaque a
eu lieu. Cependant craignez, craignez pour les conditions de vie des habitants
de Collique, Comas, Lima, du Pérou. Craignez pour tous ces gens qui ne sont
couverts d’aucunes assurances sur toutes les sphères de leur vie. Craignez pour
les membres de pandillas (gang) qui sont forcés de voler pour manger. Craignez pour l’avenir
de ces petits gars, de ce qu'ils vont devenir.
Mais craignez pas trop.
Juste assez pour avoir une
conscience sociale mais également dormir le soir.
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