Nous avons dit oui, car nous n'avions aucune raison de dire non. Eh puis je dois dire que j'étais assez curieuse de voir comment les choses se passeraient. En effet, elles se passèrent de manière assez curieuse.
Premièrement, les activités étaient prévues et réglées aux dix minutes près, le tout devait commencer à 8:00 a.m. sans faute et devait se terminer à 13:00. Les premiers jeunes des collèges environnants arrivèrent aux alentours de 8:30 a.m. et nous avons commencé officiellement l'animation à 9:48 a.m.. Heure péruvienne, quoi.
Nous avons divisé les deux cents personnes présentes en petits groupes de travail afin de favoriser les échanges. Nous avons exécuté une séries d'atelier avec les jeunes afin de démystifier les préjugés, les croyances, les stéréotypes. Ils savaient absolument toutes les réponses; ils n'en étaient pas à leur premier atelier. J'ai donc bifurqué le thème sur: oui, c'est facile de dire que cette affirmation est un mythe. Cependant, les gens autour de vous agissent-ils comme tel?
La réponse était non. Nous avons donc partagé ensemble sur le pouvoir de la femme, la place du machisme, l'égalité des sexes et la difficulté pour quelqu'un d'exercer un métier non-traditionnel. Je dois dire que j'ai été très impressionnée de l'argumentaire des jeunes, et que j'ai beaucoup appris.
Me message le plus important que j'ai retenu est dans l’attitude des élèves: contrairement aux adultes avec lesquels je travaille, ils ne voyaient pas le machisme comme une puissance permanente, comme un règne infini impossible à rompre. Tout à l'inverse, ils sont à l'affût du changement, intéressés par celui-ci, autant adolescents qu'adolescentes.
Dans mon groupe de travail, il y avait cette jeune fille que je savais présidente de son établissement (une grande bannière épinglée sur son petit corps de secondaire 2 le prouvait). Elle était timide et parlait peu lors des échanges. À la fin des exercices, alors que j'échangeais avec les jeunes sur ce qu'ils voudraient faire plus tard, elle déclara qu'elle voulait étudié en science politique. Je l'ai encouragé en disant que j'aimerais bien aussi, et que j'allais d'ailleurs peut-être le faire. On a alors parlé de mon travail ici, et elle m'a interrompu subitement pour me demander, de but en blanc: Mais qu'est-ce que tu fais ici?
Son regard était sérieux. Il ne me jugeait pas, ne m'enviait pas, ne m'idéalisait pas. Son visage entier exprimait seulement une incompréhension sincère. Elle avait réellement l'air de se demander ce que je faisais là, dans ce Foro de jeunes là, dans ce quartier-là, dans ce pays-là.
Je n'ai alors pas su quoi répondre. Cette manière avec laquelle elle me l'avait demandé m'avait troublée. En vérité, je n'ai pas su quoi répondre. Pourquoi j'étais là?
La vérité est que je me pose la question tous les jours, peut-être pour me rappeler que je suis ici, peut-être afin de ne rien regretter, je n'en sais rien. Cependant le fait reste; je n'ai pas su quoi répondre. J'ai donc enchaîné lamentablement avec le prochain atelier.
Bref, pour en revenir au Foro, ce qu'il y a de beau dans le discours des jeunes est l'espoir, oui. Cependant, il y a plus. Il y a cette capacité à ne pas résigner, à croire au changement. Et ça, c'est quelque chose qui manque cruellement aux adultes.
On a tellement à apprendre, crétins que nous sommes!
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