On dit que les Québécois aiment chialer.
On dit que le refus d’une hausse de scolarité est un
caprice, une formalité. Que nous sommes chanceux qu’elle ne s’hausse pas plus
haut, qu’on nous fait une belle aubaine. Qu’après tout, on pense à nous; qu’on
nous prend pour nous redonner en meilleur. C’est bine connu, on est dupe au
bonheur. On nous dit que le débat de la hausse est une mode, qu’on y adhère par
troupeau; une autre forme de conformisme. Se conformer au marginal, aux enjeux,
aux débats sociaux. On dit que le peuple québécois est mouton même dans ses
revendications.
Si se conformer aujourd’hui est donner son opinion et la
défendre, si se conformer aujourd’hui est s’élever, s’informer, se regrouper,
partager, discuter, grandir ensemble, si se conformer est tenter de faire de
notre pays un monde meilleur, alors je me conforme avec fierté, je me conforme le
menton haut.
On dit également que nos actions sont inutiles, n’ont aucune
portée. Que nous nous obstinons à défendre un point de vue qui nous parait
juste, alors que nous n’avons entre nos mains que le petit bout du bâton. Qu’on
se laisse nous départir de tous nos biens à bras ouverts, que nous sacrifions
tout alors qu’aucun retour n’est possible. « Vous avez bien plus à perdre qu’eux
(gouvernement). Pensez-vous vraiment faire pression à qui que ce soit?
Voyons! ».
Il est vrai. Il est vrai que nous combattons afin de mettre
un peu d’ordre dans le tiroir de chaussettes politique de notre temps.
Peut-être ne commençons-nous par la bonne couleur; peut-être faut-il trier en
ordre de grandeur. Certe. Au moins, nous avons collectivement ouvert le tiroir,
pire encore, nous avons plongé nos mains dans les chaussettes avec la ferme
intention d’obtenir un résultat. Il
n’est pas évident de mettre de l’ordre dans un capharnaüm, et ce n’est pas une
raison pour s’en abstenir.
On dit que les Québécois aiment chialer. Chialer sur la
fonte des glaciers sur le temps qui passe trop vite sur le mascara
waterproof-qui-ne-tiens-pas sur la tourtière trop sèche sur la crise économique
sur le système de transport sur la couleur du vent et sur tout, surtout sur la
tête blanche motonnée qui du bout de sa baguette magique, repend une grande noirceur. Une grande noirceur que,
collectivement, nous refusons. Nous refusons de nous laisser imposer un régime
dictatorial, nous refusons de laisser les gros souliers lustrés piétiner nos
bottines vaillantes, nous sommes debout, enfin, prêts. Oui Charest, nous sommes
prêts.
Il est donc capital d’entamer avec force le ménage de la
commode, en commençant par le premier tiroir. Classer ses chaussettes doit
commencer par retirer toutes celles qui ont des trous. On peut essayer de les
patcher avec des bouts de tissus fleuris ou quadrillés; on peut aussi, avec un
peu d’énergie, s’en procurer de meilleures, à notre image, imprimées de nos
motifs.
S’acheter des chaussettes commence par aller voter, parce
que ne pas y aller, c’est accepter d’avoir les orteils au froid.
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