mercredi 26 septembre 2012

Les orteils au froid


On dit que les Québécois aiment chialer.
On dit que le refus d’une hausse de scolarité est un caprice, une formalité. Que nous sommes chanceux qu’elle ne s’hausse pas plus haut, qu’on nous fait une belle aubaine. Qu’après tout, on pense à nous; qu’on nous prend pour nous redonner en meilleur. C’est bine connu, on est dupe au bonheur. On nous dit que le débat de la hausse est une mode, qu’on y adhère par troupeau; une autre forme de conformisme. Se conformer au marginal, aux enjeux, aux débats sociaux. On dit que le peuple québécois est mouton même dans ses revendications.
Si se conformer aujourd’hui est donner son opinion et la défendre, si se conformer aujourd’hui est s’élever, s’informer, se regrouper, partager, discuter, grandir ensemble, si se conformer est tenter de faire de notre pays un monde meilleur, alors je me conforme avec fierté, je me conforme le menton haut.
On dit également que nos actions sont inutiles, n’ont aucune portée. Que nous nous obstinons à défendre un point de vue qui nous parait juste, alors que nous n’avons entre nos mains que le petit bout du bâton. Qu’on se laisse nous départir de tous nos biens à bras ouverts, que nous sacrifions tout alors qu’aucun retour n’est possible. « Vous avez bien plus à perdre qu’eux (gouvernement). Pensez-vous vraiment faire pression à qui que ce soit? Voyons! ».
Il est vrai. Il est vrai que nous combattons afin de mettre un peu d’ordre dans le tiroir de chaussettes politique de notre temps. Peut-être ne commençons-nous par la bonne couleur; peut-être faut-il trier en ordre de grandeur. Certe. Au moins, nous avons collectivement ouvert le tiroir, pire encore, nous avons plongé nos mains dans les chaussettes avec la ferme intention d’obtenir  un résultat. Il n’est pas évident de mettre de l’ordre dans un capharnaüm, et ce n’est pas une raison pour s’en abstenir.
On dit que les Québécois aiment chialer. Chialer sur la fonte des glaciers sur le temps qui passe trop vite sur le mascara waterproof-qui-ne-tiens-pas sur la tourtière trop sèche sur la crise économique sur le système de transport sur la couleur du vent et sur tout, surtout sur la tête blanche motonnée qui du bout de sa baguette magique, repend  une grande noirceur. Une grande noirceur que, collectivement, nous refusons. Nous refusons de nous laisser imposer un régime dictatorial, nous refusons de laisser les gros souliers lustrés piétiner nos bottines vaillantes, nous sommes debout, enfin, prêts. Oui Charest, nous sommes prêts.
Il est donc capital d’entamer avec force le ménage de la commode, en commençant par le premier tiroir. Classer ses chaussettes doit commencer par retirer toutes celles qui ont des trous. On peut essayer de les patcher avec des bouts de tissus fleuris ou quadrillés; on peut aussi, avec un peu d’énergie, s’en procurer de meilleures, à notre image, imprimées de nos motifs.
S’acheter des chaussettes commence par aller voter, parce que ne pas y aller, c’est accepter d’avoir les orteils au froid.

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